Grégoire Delacourt

Je crois qu’il y a des choses sublimes dans  la simplicité !

Auteur à succès... en toute simplicité !

Le romancier originaire de Valenciennes a publié cette année son sixième roman, Danser au bord de l’abîme, véritable succès dès sa sortie. Après des études de droit, Grégoire s’oriente vers la publicité où il devient très vite patron de création de grosses agences. Fort de son expérience, il décide en 2004 de créer sa propre agence de publicité  « Quelle Belle Journée !  »  qui devient très vite « la très petite agence avec de grosses pointures ». En 2010 il publie son premier roman, L’Ecrivain de la Famille. En 2011, il reçoit cinq prix littéraires dont le Prix Rive Gauche à Paris et le Prix Marcel Pagnol. Succès grandissant, on n’arrête plus l’auteur. Avec presque un roman par an depuis ses débuts, Grégoire Delacourt a de l’inspiration à revendre. Rencontre avec cet écrivain des temps modernes.

  

Comment passe-t-on de publicitaire à écrivain ?

Avec ma carrière de concepteur-rédacteur, j’aimais donc déjà les mots ! Quand on décide avec ma femme de créer notre  de pub en 2004 , on nous confie très vite des budgets comme Coca Cola et aussi des budgets féminins comme Clarins, Caudalie, Séphora… je travaille donc sur la cible des femmes : comment parler de problèmes de rides à une femme qui croit ne pas en avoir… c’est passionnant ! Tout cela c’est important pour la suite car ça me nourrira pour les livres.

Et puis le temps passe, on travaille de mieux en mieux, moins de réunionnites, je suis plus cool et j’ai plus de temps. Puis un jour je me dis que j’aimerais bien écrire, mais écrire pour moi, raconter une histoire, savoir si j’étais capable de faire un livre. Ca me hantait parce que les livres m’ont sauvé la vie quand j’étais môme à  10 ans lorsque je suis parti en pension En écrivant un livre, c’était finalement comme si je les remerciais. Je me disais aussi  que je pourrai peut-être faire du bien aux gens. Après avoir trouvé une idée dans mon village à la sortie de l’école j’ai commencé à écrire .J’ai envoyé mon livre à Jean-Louis Fournier dont les livres m’avaient bouleversé. Il a adoré, il m’a appelé et m’a dit je m’en occupe ! Quelques temps après l’éditeur JC Lattès, qui est toujours le mien, m’a contacté en me disant avoir eu le livre par Jean-Louis et qu’ils souhaitaient me publier! Ca été génial !

Je ne tenais pas en place, je continuais à travailler beaucoup. J’avais un an avant que le livre ne sorte. L’éditeur voulait le sortir en janvier suivant, date à priori plus favorable au premier roman. C’était super excitant : il y a tout le protocole, vous recevez vos épreuves, c’est bouleversant… et puis en attendant je me suis dit bah tiens je vais en écrire un autre pour me marrer et j’ai écrit La liste de mes envies. Conjointement ces deux livres ont très bien marché, le second a été un best-seller, et adapté au cinéma. Donc voilà comment je suis passé de l’un à l’autre et , comment l’ un comme un buvard a absorbé l’autre et maintenant je suis un peu écrivain…

Vous parlez beaucoup de vin, il y a de magnifiques étapes gastronomiques citées dans ce dernier livre. Vous aimez ? 

Je suis capable de me régaler dans un resto étoilé comme je suis capable de me régaler avec les excellentes pâtes à la sauge de ma femme ! Accompagnées d’un bon Bourgogne, c’est juste le pied !  Je crois qu’il y a des choses sublimes dans la simplicité ! 

Votre plus belle émotion culinaire, où était-ce ?  

J’ai eu récemment un vrai choc culinaire à New-York chez ABC Cocina. C’est un chef français : Jean-Jacques Vongerichten. C’est à tomber ! Créatif sans être prétentieux, c’est vraiment un pèlerinage ! 

Précédemment vous parliez de Jean-Louis Fournier, c’est lui qui vous a lancé ?

Jean-Louis a sorti beaucoup de livres remarquablement bien écrits dont
Il a jamais tué personne mon papa, l’histoire bouleversante de son père alcoolique. Je m’étais dit qu’il faudrait que je le rencontre et ça c’est fait quand je lui  ai envoyé mon premier livre. C’est grâce à lui si je suis là aujourd’hui

Y-a-t-il une part d’autobiographie dans vos livres ?

Non, en fait je raconte plein de choses dans chacun de mes livres. Cependant dans l’écrivain de la famille, il y en effet une trajectoire géographique et historique vraie. Il ne  faut pas confondre le réel et le vrai dans un roman mais ce qui est vrai, c’est que je suis allé en pension à Amiens , c’est que mes parents ne s’entendaient pas trop, que je suis rentré dans la pub en Belgique, que j’étais ensuite publicitaire en France, tout cela c’est vrai mais autour de cette trame géographique et historique, j’ai créée des choses, qui ne sont pas forcément vraies mais peut-être réelles. Donc L’écrivain de la Famille n’est pas autobiographique, il est le plus près d’une trajectoire vécue. 

Dans vos derniers romans, vous décrivez des sentiments féminins au plus près des personnages, c’est surprenant de la part d’un homme ... 

J’ai grandi dans un univers plutôt féminin, j’ai trois filles, j’ai eu une mère formidable et j’ai une part de féminité que j’assume bien. Quand j’écrivais L’écrivain de la famille, ma mère est morte. Comme elle me manquait, par la suite, j’ai imaginé comment une mère voyait le monde, quelle attitude elle aurait eu par rapport à telle ou telle chose. Ça a été une manière de me la réapproprier et pour La liste de mes envies, j’ai eu envie d’y faire vivre une femme. Ce qui est drôle, c’est que j’ai reçu beaucoup de courrier chez l’éditeur dans lesquels on m’écrit « Chère Madame ».
Plus tard, j’ai eu à nouveau envie de faire vivre des femmes dans un roman en travaillant plus sur la sensualité, le désir, toutes ces parts d’ombre et de lumière que je n’avais pas traité avec Jocelyne dans La liste de mes envies. Et puis le fait d’avoir eu des livres qui marchent, j’ai eu moins de pudeur, j’ai eu envie d’aller dans le cœur, dans la chair des femmes. C’était fascinant d’être Emma dans mon dernier livre Danser au bord de l’abîme, c’était pour moi très romanesquement passionnant d’essayer de retranscrire ses sentiments. 

Vous citez souvent le Nord ?

J’aime bien le Nord ! Sans être un militant ch’ti, j’aime bien dire d’où je viens. Ensuite quitte à situer un décor, autant le que ce soit dans un endroit que je connais, ça m’évite de dire n’importe quoi (rires). Donc j’écris là où je connais : Lille, Valenciennes, Douai, Arras ou encore le Touquet que je connais par cœur, c’est un endroit émouvant pour moi et surtout plein de souvenirs de vacances en famille.

Vos projets ? 

Danser au bord de l’abîme va être adapté au cinéma par une réalisatrice très talentueuse que j’apprécie beaucoup. Je suis ravi que ce projet se fasse avec elle. En avril 2018, au Luxembourg, je fais un spectacle de lecture de trois heures sur scène avec juste un musicien,
c’est un projet sympa, ça m’amuse ! Après pour les livres il y a aussi toute la partie promo mais aussi tout ce que les gens ne savent pas : les écoles, les prisons... Enfin j’ai fini un autre livre que j’aime beaucoup, très surprenant qui sortira l’année prochaine, on verra...

Votre philosophie ? 

C’est le présent ! Le présent c’est un état d’esprit. On savoure d’être là, j’essaie de ne pas me stresser même si j’en ai un peu le tempérament car j’ai toujours envie de bien faire et je suis honnête. Je dis cela aujourd’hui parce que je suis vieux, à 20 ans je n’aurais pas dit ça ! 

Votre péché mignon ?

Le désir... je suis en désir de tout, par esthétisme ! 

 

Grégoire Delacourt :  

 

Propos recueillis par Olivia Lecocq